Le coin du libraire : Démons

La présence d’êtres démoniaques et maléfiques a de tout temps fait le bonheur des romanciers. Monstres, vampires et autres chimères peuplent notre imaginaire et nous nous régalons d’aventures les mettant en œuvre. Shirley J. Owens a choisi de mettre en avant un des membres les plus emblématiques de ce bestiaire : le loup Garou.

En ces temps reculés d’obscurantisme médiéval, il ne fait pas bon être un enfant. Pour le jeune Aldavir, c’était plus que vrai. D’abord orphelin puis enfant des rues, il a du lutter pour survivre et ce n’est qu’avec l’intervention récente de Raduf, son protecteur que les choses s’étaient un peu améliorées. Mais à présent, alors qu’ils cheminent en plein hiver dans une forêt peuplées de loups, il commença à en douter et à raison. Après avoir vu son protecteur dévoré par un loup proprement monstrueux et avoir trouvé une fillette étendue dans la neige, il finira emprisonné par des mercenaires dirigés par le mystérieux Henrik qui recherchaient la fillette. Fugitifs et puis capturés par les guerriers d’un village voisin, les deux enfants ne sont pas au bout de leur peine. Là il apprendra non sans surprise être originaire de ce lieu maudit où les villageois ont été attaqués il y a des années par un monstrueux loup-garou dont les traces du passage perdurent. Les femmes mettent bas des monstres qu’il faut éradiquer rapidement et seule la présente d’Aldavir et d’Ida pourrait y remédier. Les deux enfants sont en effets les seuls enfants sains (non-loup) et ils comptent bien qu’ils se reproduisent en masse pour repeupler le village, quel qu’en soit leur avis. Mais ni Aldavir, ni Ida ne l’entendent de cette oreille et c’est sans compter sur Henrik qui espère bien ramener à son sombre maître ces enfants.

Démons est fort, très fort et dans le bon sens du terme. Ce roman présente une réalité du point de vue des enfants que sont Aldavir et Ida mais pas seulement. Toute l’histoire et même le monde dans lequel ils vivent est une horreur pour les enfants qui sont les premières victimes de tout ce qui s’y passe. Il faut repeupler le village ? Forçons une gamine de 9 ans à être mère. Un loup-garou a faim ? Kidnappons les enfants pour qu’il s’abreuve de leur sang d’une façon ignoble. Il faut une victime ou un appât ? Un enfant fera très bien l’affaire. La réalité des enfants dans cet ouvrage est absolument ignoble et cela permet plus que de raison de s’attacher à Aldavir et à Ida qui tentent de lutter non pas tant pour trouver leur place dans ce monde mais pour y résister. En ce sens, Démons est vraiment admirable tant il prend au trippes le lecteur qui écarquille sans cesse les yeux au fur et à mesure des situations vécues par Aldavir. Et même quand c’est terminé et que la plus grosse partie de l’histoire est résolue, ce n’est pas vraiment le cas. Torture, asservissement et perte d’identité restent le lot de notre héros qui en voit véritablement de toutes les couleurs, autant physiquement que psychologiquement.

Si on veut extrapoler un peu, on pourrait dire que Démons raconte une lutte entre les enfants et les adultes, lutte dans laquelle il n’y a que la mort ou l’abandon au bout du chemin et comme je le disais c’est très fort. L’auteur a choisi sciemment de miser beaucoup sur la douleur, le ressenti et même un peu de gore pour renforcer l’horreur des situations, horreur autant visuelle que psychologique. Savoir comment les enfants sont gardés dans le donjon du monstre et ensuite comment il s’en nourri vous fait hérisser les poils sur la nuque, les réactions du chef du village face à un louveteau et sa mère … Tout dans cette histoire semble tellement vraisemblable que malgré l’empathie que l’on ressent pour Aldavir, on se demande par moment si on n’aurait pas agi de la même façon que Diter, Henrik ou d’autres encore. Décidément, Démons est le genre de roman qui prend rapidement les lecteurs dans ses pages au point qu’il est difficile d’en sortir indemne.

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