Les interviews d’Au détour du net – Arthur Meurant dit Le MaSQuE

Bonjour Monsieur Meurant (alias Le MaSQuE) et merci de participer à cette petite interview pour compléter la chronique d’ « Au détour du net » dédiée à votre chaîne et plus principalement à votre émission “Critique Cruelle”.

 

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YellowMan : Avant toute chose, pourriez-vous vous présenter un peu pour nos lecteurs ?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Évidemment : l’inverse serait malpoli. Je m’appelle Arthur Meurant et sous le nom de guerre du MaSQuE cela fait approximativement dix ans que je suis critique vidéoludique. En fait, maintenant que j’y pense, cela fera précisément dix ans en août de cette année. Je suis né dans une petite bourgade nommée Braine-l’Alleud qui se trouve à proximité de Bruxelles. (Ce qui implique donc bel et bien que je suis Belge.) J’ignore quels détails sont réellement utiles vis-à-vis de ce type d’exercices mais je peux préciser que je suis certainement le seul critique venu de Belgique à avoir tenu un rythme hebdomadaire durant aussi longtemps. Ah, et je suis un grand fan de Hall & Oates.

 

YellowMan : Pourrais-t’on avoir un petit aperçu de votre parcours de joueur ?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Ouh. Faisons simple : je suis né en 1986. Il est donc plus ou moins évident que pour un enfant de bonne famille la rencontre initiale avec le jeu vidéo devait se faire en-dehors des limites du domicile familial. (La discipline était bien moins évidente d’un point de vue de la possession d’une console; elles ne servaient à rien d’autre qu’à jouer.) Donc, mes premiers souvenirs vidéoludiques sont des souvenirs d’arcade. RoboCop de Data East. Terminator 2: Judgment Day de Midway. J’avais environ trois ans. Tout ceci prend place à la foire. C’était d’ailleurs là que se voyaient les merveilles technologiques de l’époque. Les plus beaux jeux étaient en pay-to-play. Ils n’étaient pas forcément les meilleurs par le gameplay mais devaient juste faire illusion le temps d’une partie de quelques minutes. Qui coûtait d’ailleurs assez cher que pour que mon père s’offusque petit à petit de leur coût.

J’avais quatre ans quand est arrivée chez nous une NES de seconde main – je l’ai d’ailleurs toujours, elle fonctionne encore – et les titres qui vont avec. (RoboCop, Super Mario Bros 2 et – il me semble – Mega Man.) C’était un simple passe-temps jusqu’à ce que je découvre la SNES; en gros. Là, j’ai découvert A Link to The Past et Super Castlevania IV. Ce qui m’a renforcé dans l’idée que tout ceci constituait une discipline intéressante – elle évoluait encore poussée par les mains de ses relatifs inventeurs; d’ailleurs – et qu’il serait peut-être judicieux de voir l’évolution de celle-ci.

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YellowMan : Vous êtes critique de jeu vidéo depuis plus de 10 ans, pourquoi avoir choisi cette voie?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Je suis un journaliste raté; en fait. Il était parfaitement prévu que je fasse tout le circuit professionnel dans le but de devenir testeur mais mes efforts n’ont pas suffi à me faire triompher de la bureaucratie locale universitaire qui – autant l’admettre – m’a toujours eu dans le collimateur. C’est l’un des rares désavantages d’être un grand dandy byronien juvénile et doté d’un QI à trois chiffres : cela se remarque. Surtout si l’on en est conscient.
Donc, vu que l’on m’a interdit de vivre de mon talent… je me suis comme qui dirait braqué dans l’idée de tenter d’arriver à prendre la parole par mes propres moyens. Ces dix dernières années passées à tenter d’arriver à un stade où l’on m’entend me semblent bien illustrer cette volonté. Surtout que c’est toujours pas évident.

 

YellowMan : Votre personnage du MaSQuE semble avoir un sacré égo. Pourquoi donc et surtout est-ce que cela a toujours été le cas?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Oh, c’est évident : quand on est obligé de se vendre uniquement sur ses capacités personnelles et non pas sur le copinage affiché avec les stars de la discipline il faut savoir se rendre unique. J’imagine que j’étais une version plus humoristique de mon personnage à mes débuts; mais c’est normal. J’étais moins bon. De nos jours, je pense arriver par le talent à approcher le niveau supposé par mon discours ultra-violent. Maintenant, faut bien se le dire, je ne suis pas ce personnage au quotidien. C’est plus un état d’esprit qui me libère des divers doutes que chacun ressent vis-à-vis de l’acte de donner un avis et cela me permet de me concentrer sur mes points forts dans le domaine éristique. Par ailleurs – et j’ignore si vous êtes adepte de cet art théâtral qui s’appelle le catch – mais ce que je fais s’inscrit dans cette grande tradition. Et, dans mon cas, j’aurais pu soit être un babyface médiocre comme toutes ces pauvres petits qui implorent les gens de leur mettre des pouces – vers le haut, bien entendu – ou un excellent méchant. M’est avis qu’il vaut mieux jouer le rôle dans lequel l’on est le plus doué.

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YellowMan : Vous critiquez énormément de jeux récents. Que pensez-vous des productions actuelles (en général)?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Elles sont très certainement le résultat d’un processus industriel qui vise le plus petit dénominateur commun. C’est une technique de développement qui a ses avantages, d’ailleurs : les titres tendent à voir leur niveau moyen augmenter progressivement tant que la discipline survit. Vous verrez bien moins de Crazy Frog Racers et autres jeux de niveau Davilex à notre époque. Et c’est une bonne chose. (Quoique… cela implique aussi la disparition de ces fameuses séries B mystiques que l’on voyait encore il y à une décennie.) Cela implique aussi une standardisation progressive des mécanismes de gameplay proposés afin de s’assurer que le joueur moyen moderne soit certain de pouvoir y reconnaître l’un ou l’autre élément qui lui donne envie d’acheter. Or, si l’on doit vendre des blockbusters au grand public faut que ceux-ci soient formatés pour leur faire envie. Ce qui me semble limiter l’ambition des créateurs de ces titres. J’ai d’ailleurs, étrangement, le même sentiment pour une partie de la production indie. Pas tout; hein. Mais j’ai parfois l’impression que le but reste de faire dans le familier.

 

YellowMan : Sur votre chaîne, j’ai trouvé des vidéos autres que les Critiques Cruelles. Pourriez-vous nous en parler un peu?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : J’imagine. L’émission qui nous amène à avoir cette conversation par le truchement des lignes de l’internet est bien entendu Critique Cruelle. C’est par ce format compact de critique vidéoludique au discours totalement improvisé que l’on me connait le mieux. Mais ce n’est pas vraiment la seule chose dont je suis capable. Comme tout le monde, je fais quelques Let’s Play pour faire plaisir aux gens. Je ne pense pas être particulièrement doué dans l’exercice mais les gens semblent beaucoup les apprécier. De plus, ça me permet de jouer à des jeux que j’aime. Ce qui est toujours plaisant. Il m’arrive aussi de buter sur un cheminement de réflexion pendant des années. Ce qui m’amène à tenter de faire le tour de ces sujets de temps à autres – jusqu’ici, je me limite à un sujet par an – lors de tentatives ponctuelles de réflexion.

J’ai donc tenté de préciser mes pensées sur ma manière de critiquer le jeu vidéo; ce qui fut assez salvateur maintenant que j’y pense. L’on me comprend bien mieux. J’aime aussi causer parfois de cinéma. Sans grande prétention, d’ailleurs, c’est juste censé proposer à qui veut de rencontrer l’un ou l’autre film. Et cela sans forcément rentrer dans le domaine du blockbuster; d’ailleurs. Ah, et j’ai aussi l’habitude de bosser sur 2STA. Si j’avais le choix, je ne bosserais que sur cette émission-là. C’est une étrange affaire où des scénarios débiles me permettent de traiter divers jeux dont je doute qu’ils intéressent beaucoup de monde si jamais ils avaient à être traités seuls. En gros, c’est un hommage débile aux gens que j’aimais regarder et c’est donc normal que cela ressemble énormément par l’esprit à videoGaiden ou autres créations Consolevania.

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YellowMan : Est-ce que vous vous inspirez parfois d’autres chaînes Youtube pour vos émissions, à quelque niveau que ce soit?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Non. Pour être franc… je ne regarde pas la production des autres. J’ai juste toujours peur de leur voler involontairement l’un ou l’autre truc par pure osmose. Je suis un grand fan de Game Center CX et Consolevania; par contre. Il me semble évident que toute histoire des moments majeurs de la critique vidéoludique moderne devrait commencer par les efforts de Rab Florence et Ryan Macleod.

 

YellowMan : Au final, qu’espérez-vous apporter de plus (que les autres critiques sur le net) au personnes qui viennent voir vos vidéos?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Une forme de compréhension du jeu vidéo venant du fait que ces titres ont été crées par des être humains dont on peut connaître le nom, apprécier les efforts et surtout cataloguer la production afin de comprendre précisément ce qu’ils ont tenté de réaliser sur l’un ou l’autre titre.

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YellowMan : J’ai vu que vous répondiez très souvent aux commentaires sur vos vidéos. Prenez vous souvent en compte ceux-ci pour vos futures vidéos?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Pas vraiment. J’apprécie juste le fait de pouvoir parfois causer avec quelqu’un de pas totalement débile des sujets que j’ai décidé d’aborder. Ce qui arrive encore de temps à autre. L’avis porté sur ce que je fais, par contre, n’a pas vraiment d’importance. Il me semble que ce genre de pratiques ne devrait pas changer la manière dont on procède. À trop chercher à satisfaire, à éviter de déplaire, l’on court le risque très réel d’aseptiser son discours. Quoique, maintenant que j’y pense, je dois m’être assagi. Cela fait longtemps que je n’ai pas reçu de menace de mort. Dit-il en touchant du bois d’un air distrait.

 

YellowMan : Après un aussi long parcours dans le domaine vidéo ludique, quel en serait le bilan au jour d’aujourd’hui?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Je suis vraiment très très fatigué. Cela peut sembler difficile à imaginer mais je n’ai pas pris de vacances de plus de quelques jours durant cette décennie. Tout ça pour garder mon rythme hebdomadaire. J’ai toujours pensé que quitte à faire quelque chose… autant le faire à fond. Et cela même si cela finit par avoir un coût physique évident. (Fut un temps, par exemple, j’étais pas vert.)

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YellowMan : Au vu du temps déjà passé dans le secteur de la critique vidéo ludique, avez déjà été contacté par des organismes de presse ou de télévision pour officier dans ces médias?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Oui, mais jamais par une compagnie respectable. Ce sont toujours des petits structures foireuses qui veulent vous engager à ne pas être payés pour faire mieux qu’eux le travail qu’ils sont incapables de faire. Or, surprise-surprise, je suis parfaitement capable d’accomplir le travail normatif nécessaire à faire tourner une structure professionnelle. Mais si on veut que j’abatte ce genre de besogne… faut allonger la caillasse. Ceci dit, je dois admettre que j’ai probablement été trop naïf en business à une époque et donc marché une ou deux fois dans ce type de combine ou – soyons francs – personne n’en a rien à faire de vous. Donc, maintenant, je me sens un peu obligé de défendre davantage mes intérêts.

 

YellowMan : Personnellement, je vous ai découvert dans une des vidéos d’Un Drop Dans La mare. Avez-vous d’autres contacts avec d’autres Youtubeurs? Que ce soit pour faire des apparitions ou de simples contacts amicaux?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Pas vraiment. Il est évident que mes canaux de communication sont ouverts à toute entité poussée par l’envie de travailler avec moi sur un projet intéressant et intellectuellement valide. C’est ce qui s’est passé avec les gens d’Un Drop – que je remercie d’ailleurs au passage pour leur bienveillance – et leur proposition. Je ne fais plus de simples apparitions; en fait. J’ai eu une série de très désagréables expériences dans le domaine qui m’ont poussé à me méfier de ce genre de mécanismes. C’est justement tout ce côté très bullshit du : “mais oui, on est potes tant que tu peux me rapporter des choses” qui me fait éviter les contacts faussement amicaux avec les gens du milieu. Parfois, par contre, on reçoit un vrai cadeau. J’ai été très touché quand Monsieur Plouf a eu la gentillesse de me faire de la publicité. Il n’avait absolument rien à y gagner et le fit de manière parfaitement désintéressée. Ce qui reste assez beau. Surtout à notre époque.

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YellowMan : Je vois que vous avez ouvert une page sur Patreon. Pourriez vous en parler et expliquez ce que vous en espérez?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Quelques spectateurs m’ont demandé d’en ouvrir une; en fait. Il faut se dire que je réalise un nombre assez impressionnant de créations diverses et ambitieuses sur un budget très très très réduit. Le Patreon – il s’appelle Alberto – sert à m’offrir des outils utiles qui profitent à l’intégralité de mes spectateurs. Nous parlons d’ailleurs de sommes négligeables; autant le préciser.

 

YellowMan : Juste pour le plaisir : êtes vous plutôt rétro ou next-gen ?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Personnellement? Il est évident que Le MaSQuE est next-gen. Suffit de voir le nombre de critiques venus après moi qui ont décidé de tenter d’imiter ma formule sans réellement arriver à l’égaler et l’on comprend alors que j’ai toujours préfiguré le futur.

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YellowMan : Avez-vous une console ou un jeu préféré?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : Je pense m’être progressivement libéré de ce type de limitations au cours de ces dix dernières années. Maintenant, je suis toujours prêt à conseiller des titres qui m’ont plu. Si je devais choisir un jeu rétro à emmener sur une île déserte… ce serait probablement The King of Dragons de Capcom sur CPS-1. Magnifique titre. Musique sublime. Gameplay plus profond qu’il n’y paraît. Un jeu qui mérite d’être connu.
Si je devais appliquer le même type de réflexion aux titres récents; j’en sélectionnerais deux : Luftrausers et Vanquish. À nouveau, deux titres exceptionnels par leurs qualités de gameplay.

 

YellowMan : Dernière question : comment voyez-vous l’évolution de votre chaîne d’ici disons 5 ans ?

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : D’ici cinq ans? La question se pose. Je me vois mal tenir le même rythme; pour être franc. (Mon pouce gauche a été brisé deux fois/réparé chirurgicalement et n’est donc pas doté d’une durée de vie aussi longue que celui des autres.) J’imagine continuer à avoir un rapport au jeu vidéo. Dur d’imaginer à quoi il ressemblera exactement. Il se peut que je devienne une forme de chambre de réflexion sur la question.
Par contre, il est évident que j’aimerais continuer le plus longtemps possible à tout simplement critiquer des titres. Il me semble qu’être un vétéran en première ligne est assez exaltant. Cela veut déjà dire que l’on a survécu jusque-là par la pure puissance de son talent. Ce qui n’est pas rien.

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YellowMan : Nous arrivons à la fin de cette interview. Je vous laisse le mot de la fin pour achever de convaincre nos lecteurs d’aller visiter votre chaîne :

Arthur Meurant (Le MaSQuE) : C’est très gentil; mais je dois avouer avoir du mal à imaginer en quoi une phrase publicitaire plus ou moins dépourvue de sens pourrait résumer la démarche représentée par Les Critiques du MaSQuE.
À ce stade, c’est le combat d’une vie.

 

YellowMan : Merci encore pour votre aimable participation et on vous souhaite plein de nouveaux abonnés et beaucoup de vidéos à venir.

6 réponses
  1. Tom
    Tom dit :

    J’ ai longtemps suivi ses vidéos que je trouvais originales dans un milieu finalement assez uniformisé. Mais avec le temps, je me suis un peu lassé de son ego surdimensionné et de la manière avec laquelle il traite son public et le métier en général. Ce jeune homme a un certain talent et une bonne éloquence mais aussi une très haute opinion de lui-même. Ce qu’ il a du mal à comprendre, c’ est qu’ à partir du moment où désire aller au-delà du cercle de ses copains sur le net et toucher une plus grande audience, il faut savoir se frotter à la critique et la contradiction, chose qu’ il n’ accepte pas et est généralement sanctionnée d ‘un bannissement. Voilà sans doute ce qui a empêché l’ auteur de passer au cran supérieur au bout de cinq années sur le terrain et d ‘élargir son audience.

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    • YellowMan
      YellowMan dit :

      Ah çà, c’est sur que son égo est un élément très fort du personnage du MaSQuE. Après, si c’est ce personnage qu’il affectionne, qui sommes-nous pour lui demander d’en changer. Après tout … on fait nos vidéos comme on aime ^_^ Et s’il a son public, c’est que beaucoup de gens l’apprécient ainsi..

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      • Tom
        Tom dit :

        Tout-à-fait. J’ avoue avoir plus d’ affinités avec les critiques qui ont le sens de la…Critique. Le dialogue à une seule voix ce n’ est pas trop pour moi. Et je ne suis pas très doué pour les compliments sans une petite dose de critique constructive.

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